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La dégradation des protéines : l'ubiquitinylation et le protéasome |
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5. Le protéasome 20S 6. Le protéasome 19S 7. Autres activateurs du protéasome 20S 8. Liens Internet et références bibliographiques |
| 1. Généralités. |
Les protéines sont constamment synthétisées et dégradées dans tous les types de cellules. Ceci dans le but :
Il existe 3 processus de protéolyse (hydrolyse des protéines) : a. Une hydrolyse non spécifique des protéines ou des peptides alimentaires en fragments peptidiques par des protéases (enzymes digestives). Il en existe plusieurs familles constituées d'une trés grand nombre d'enzymes : |
protéases à sérine |
métallo-protéases exo- : EC 3.4.17 endo- : EC 3.4.24 |
aspartyl-protéases |
protéases à cystéine |
protéases à thréonine |
et bien d'autres ... |
et bien d'autres ... |
et bien d'autres ...
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et bien d'autres ... |
et bien d'autres ... |
Toutes les informations fonctionnelles (spécificité des substrats, inhibiteurs, séquences et autres) et structurales sont recensées dans les bases de données : |
b. Un système protéolytique dans le lysosome des Eucaryotes qui permet de recycler les protéines membranaires, les protéines extracellulaires et les protéines caractérisées par de trés longs temps de demi-vie. c. Enfin, chez les bactéries et les Eucaryotes, il existe un processus hautement sélectif et régulé qui se déroule dans le cytoplasme et qui nécessite de l'énergie (hydrolyse de l'ATP) : il s'agit du système protéolytique ubiquitine-protéasome. Ce système joue un rôle majeur dans la dégradation des protéines impliquées dans le cycle cellulaire, la prolifération, l'apoptose, le contrôle de la transcription, la transduction du signal et la régulation du métabolisme. De nombreuses enzymes qui constituent des points de contrôle des voies métaboliques sont aussi des cibles d'une dégradation fréquente. |
Remarque : il existe d'autres processus de protéolyse qui n'ont pas trait à la dégradation des protéines mais bien au contraire à leur maturation par modifications post-traductionnelles. Il s'agit du clivage, entre autre,
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Les temps de demi-vie dans la cellule des protéines sont trés variables : ornithine décarboxylase 11 min - tryptophanne oxygénase 2 h - myosine 30 jours. Ces temps de demi-vie sont en général plus courts que celui des cellules où se trouvent ces protéines. Un contre-exemple est l'hémoglobine dont le temps de demi-vie (110 jours) est équivalent à celui des érythrocytes où on la trouve. |
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L'acide aminé en position N-terminale a une grande importance sur le temps de demi-vie des protéines (tableau ci-contre). Les protéines qui possèdent un motif dit "PEST", motif de 12 acides aminés riche en Pro (P), Glu (E), Ser (S) et Thr (T), sont plus rapidement degradées. |
La règle du N-terminal (Alexander Varshavsky, 1996)
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Ces règles ne sont pas absolues car de nombreux paramètres influent sur le temps de demi-vie (et le taux de synthèse - dégradation) des protéines et des macromolécules biologiques. |
2. Le marquage des protéines par l'ubiquitine Chez les Eucaryotes, le processus de dégradation des protéines met en jeu une protéine de 76 acides aminés (8,6 kDa) : l'ubiquitine. Cette protéine est ainsi appelée du fait de son ubiquité dans tous les règnes Eucaryotes et dans tous les compartiments cellulaires des Eucaryotes. |
Le mécanisme complet dans lequel cette protéine est impliquée a été élucidé au début des années 80 par Aaron Ciechanover, Avram Hershko et Irwin Rose (Prix Nobel de Chimie en 2004). L'ubiquitine contient en particulier 7 résidus lysine et la glycine 76 C-terminale qui jouent un rôle trés important : MQIFVK6TLTGKTITLEVEPSDTIENVKAKIQDKEGIPP DQQRLIFAGKQLEDGRTLSDYNIQK63ESTLHLVLRLRGG76 L'ubiquitine est toujours synthétisée sous la forme d'un précurseur inactif avec une extension du côté C-terminal au delà de la glycine 76. |
Code PDB : 1UBQ |
Visualisation de l'ubiquitine à une résolution de 1,8 Å. Cliquer sur les acides aminés. Pour faire apparaître de multiples fonctions du menu Jmol :
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Il existe des protéines appelées "Ubiquitin-like protein" (UBLs) qui marquent également des protéines impliquées dans diverses voies de transduction du signal : |
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Dans la voie ubiquitine-protéasome, les protéines marquées pour la dégradation sont attachées covalamment à un grand nombre de molécules d'ubiquitine par un système multi-enzymatique qui contient :
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| Le mécanisme de marquage est le suivant (figure ci-contre) :
a. Le groupement carboxyle libre de la glycine 76 C-terminale (G76) d'une molécule d'ubiquitine est activé par la cystéine (-SH) du site actif de l'enzyme E1, sous la forme d'une liaison thioester à haut potentiel énergétique. Cette étape requiert de l'énergie (hydrolyse de l'ATP). b. Cette liaison thioester est ensuite transferée à une cystéine réactive de l'enzyme E2. c. Finalement, le groupement carboxyle libre de G76 de l'ubiquitine est lié via une liaison amide (isopeptidique) au groupement ε-aminé de la chaîne latérale d'un résidu lysine (K) de la protéine cible à dégrader. Cette étape est catalysée par l'enzyme E3. d. Si la protéine est déstinée à être dégradée, ce processus est répété. En effet, il faut au moins 4 molécules d'ubiquitine avant que la protéine à dégrader soit dirigée vers le protéasome 26S (voir ci-après) pour y être trés rapidement hydrolysée en peptides de 3 à 24 acides aminés. e. L'ubiquitine est relarguée avant l'hydrolyse et est recyclée. |
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Exemple de poly-ubiquitinylation 1 molécule d'ubiquitine est ajoutée à la protéine à dégrader via une liaison isopeptidique entre G76 de l'ubiquitine et le groupement ε-aminé de la chaîne latérale d'un résidu lysine de la protéine à dégrader (figure ci-dessous). |
Puis 3 molécules d'ubiquitine sont ajoutées via le même type de liaison entre G76 de l'ubiquitine nouvellement ajoutée et K48 de la molécule d'ubiquitine précédemment ajoutée. |
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Il peut cependant se former différents types de polymères de topologies variées (voir ci-dessous le devenir des chaînes marquées par l'ubiquitine). Le mécanisme de reconnaissance sélective des protéines à marquer par l'ubiquitine pour être dégradée mobilise (figure ci-dessous) : |
a. Au moins 2 enzymes E1 qui activent l'ubiquitine b. Au moins 30 enzymes E2 : chaque enzyme E1 transfère l'ubiquitine à plusieurs enzymes E2 c. Au moins 500 enzymes E3 : dans la plupart des cas, les enzymes E2 transfèrent l'ubiquitine à plusieurs enzymes E3 (quelques rares transferts sont spécifiques d'une enzyme E3) d. Enfin, les enzymes E3 :
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Source : Aaron Ciechanover (1998) |
e. Il est à noter que chez certains organismes, un "facteur E4" a été mis en évidence dans cette cascade de marquage. |
Les 7 lysines de l'ubiquitine peuvent être utilisées pour le marquage. Cette multiplicité de topologies des chaînes explique en partie la diversité de signaux médiées par le marquage par l'ubiquitine. Le devenir du complexe [protéine marquée - molécules d'ubiquitine] dépend en partie :
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a. Dégradation Les chaînes constituées d'au moins 4 molécules d'ubiquitine où G76 d'une molécule d'ubiquitine est attaché à K48 de la molécule d'ubiquitine suivante (voir schéma plus haut) sont dirigées vers le protéasome 26S pour y être dégradées. |
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b. Signalisation Les protéines mono-ubiquitinylées (fixation d'une molécule d'ubiquitine sur un résidu de la protéine à dégrader) ou multi-mono-ubiquitinylées (fixation d'une molécule d'ubiquitine sur plusieurs résidus de la protéine à dégrader) ne sont pas destinées à la dégradation par le protéasome 26S. Exemple de rôles du marquage par l'ubiquitine :
c. Signalisation Les protéines sur lesquelles s'est fixée une courte chaîne de molécules d'ubiquitine liées entre elles par K6 ou par K63 ne sont pas destinées à la dégradation par le protéasome 26S. Exemple de rôles du marquage par l'ubiquitine :
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C'est la forme la plus fréquente du protéasome. Le protéasome 26S est tellement volumineux (environ 3000 kDa !) qu'il s'apparente davantage à une particule qu'à une molécule. C'est la raison pour laquelle on le désigne par le symbole "S" ou Svedberg, l'unité du coefficient de sédimentation. |
Le protéasome 26S est un énorme complexe multi-enzymatique constitué de nombreuses sous-unités. Il résulte de l'assemblage du protéasome 20S et du protéasome 19S qui met en jeu de l'énergie via l'ATP. |
Source : Julian Adams (2004) |
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Le protéasome 20S est le coeur protéolytique du protéasome 26S (figure ci-dessous). Le protéasome 20S est composé de 28 sous-unités arrangées en 4 anneaux heptamériques empilés (α7, β7, β'7, α'7) et l'ensemble adopte une structure cylindrique. |
Le protéasome 20S est pourvu de multiples activités peptidases et en constitue la machinerie catalytique. Cette forme fermée en tonneau délimite une cavité interne constituée de 3 compartiments. Ils contiennent les sites actifs qui hydrolysent les liaisons peptidiques des protéines à dégrader (activité protéolytique). Ces sites actifs sont donc confinés à l'intérieur du protéasome 20S et isolés de l'environnement cellulaire. Ainsi, les protéines de la cellule qui ne doivent pas être dégradées sont protégées d'une dégradation inopportune. |
Source : Groll et al. |
L'accès des protéines à dégrader au site actif de ce complexe est sous le contrôle des sous-unités α qui ne permettent l'accès qu'aux polypeptides qui ont été préalablement dépliés (voir le protéasome 19S). Les sous-unités β1, β2 et β5 possèdent l'activité protéolytique et elles hydrolysent la liaison peptidique de manières spécifiques :
Les sous-unités β1, β2 et β5 sont synthétisées sous forme de précurseurs activés après protéolyse d'un peptide N-terminal. Ces hydrolases constituent une famille unique de protéase à thréonine. Les sous-unités β3, β4, β6 et β7 n'ont pas d'activité protéolytique. |
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Le protéasome 19S est aussi appelé PA700 ("proteasome activator MW 700") ou "regulatory complex". Il constitue une coiffe aux extrémités du protéasome 20S en flanquant l'une ou les deux extrémités du protéasome 20S. Il stimule ainsi la dégradation des protéines. Si la structure du protéasome 20S est connue, celle du protéasome 19S ne l'est pas encore complètement. En effet, les différentes sous-unités du protéasome 19S ont tendance à se dissocier lors des tentatives de purification. C'est par des approches conjuguées de cristallographie, d'interactions protéine-protéine (double-hybride et réseaux d'interactions) et de cryo-microscopie électronique qu'actuellement on tente de reconstituer l'ensemble de la structure du protéasome 19S. |
C'est un complexe constitué d'au moins 19 sous-unités différentes (700 kDa), dont 6 sous-unités qui ont une activité ATPasique (hydrolyse de l'ATP). Les sous-unités ATPasiques ont un domaine de fixation de l'ATP d'environ 250 à 300 acides aminés. Ces 6 sous-unités forment un anneau hexamérique qui interagit avec le protéasome 20S. Source : Sullivan et al. (2003) |
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| Les rôles du protéasome 19S sont (figure ci-dessous) : |
1. La reconnaissance et la fixation de la protéine qui doit être dégradée. 2. L'élimination des molécules d'ubiquitine (qui sont recyclées) par les sous-unités isopeptidases. Il existe deux classes d'isopeptidases : les "ubiquitin C-terminal hydrolases" (UCH) et les "ubiquitin-specific proteases" (UBP). 3. Le dépliement de la chaîne polypeptidique de la protéine qui doit être dégradée car le diamètre (1 nm) du "conduit d'entrée" au protéasome 20S et le diamètre de la cavité interne (5 nm) ne permettent pas au protéasome 20S d'encapsuler des protéines repliées : les 6 sous-unités ATPases du protéasome 19S catalysent le dépliement grâce à l'énergie produite par l'hydrolyse de l'ATP. 4. L'activation du protéasome : ces ATPases sont également responsables de l'ouverture de la "barrière" qui ferme l'entrée du protéasome 20S et de l'injection des protéines dépliées dans la cavité protéolytique. |
Source : Sullivan et al. (2003) |
| Pour ce dernier rôle, le protéasome 19S est aussi appelé "Proteasome Activator" (ou PA700). |
| 8. Liens Internet et références bibliographiques |
| "Ubiquitin" molecule of the month - Protein Data Bank | |
Varshavsky A (1997). "The N-end rule pathway of protein degradation". Genes to Cells 2 (1): 13–28. Aaron Ciechanover (1998) "The ubiquitin - proteasome pathway: on protein death and cell life" The EMBO Journal 17, 7151 - 7160 |
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| Amerik A.Y. & Mark Hochstrasser, M. (2004) "Mechanism and function of deubiquitinating enzymes" BBA - Molecular Cell Research 1695, 189 - 207 | |
| "Proteasome" - Wikipedia | |
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Excellent site de ressources pédagogiques - Université de Bordeaux : "Ribosomes et protéasomes : la synthèse et la dégradation des protéines" |
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Sullivan et al. (2003) "The perse roles of ubiquitin and the 26S proteasome in the life of plants" Nature Reviews Genetics 4, 948 - 958 Lee & Schindelin (2008) "Structural insights into E1-catalyzed ubiquitin activation and transfer to conjugating enzymes" Cell 134, 268 - 278 |
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Groll et al. (1997) "Structure of 20S proteasome from yeast at 2.4Å resolution" Nature 386, 463-471 Julian Adams (2004) "The proteasome: a suitable antineoplastic target" Nature Reviews Cancer 4, 349 - 360 Förster et al. (2010) "Towards an integrated structural model of the 26S proteasome" Mol. Cell. Proteomics 9, 1666 - 1677 |
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| Cours en ligne : "La voie de dégradation ubiquitine dépendante" - Université Jussieu |