Les acides aminés et la structure primaire des protéines

1. Structure générale et stéréochimie des acides aminés

2. Structure des chaînes latérales

3. Nature et caractéristiques des chaînes latérales

4. Propriétés physico-chimiques des acides aminés

5. La structure primaire ou séquence primaire ou enchaînement des acides aminés ou chaîne polypeptidique

a. La liaison peptidique

b. Détermination de la séquence primaire à partir de l'extrémité N-terminale : la dégradation de Pehr Edman

c. Détermination de la séquence primaire à partir de l'extrémité C-terminale : carboxypeptidase

6. Liens Internet et références bibliographiques

 

1. Structure générale et stéréochimie des acides aminés

A l'exception de la glycine (Gly), tous les acides aminés possèdent un carbone α asymétrique (ou chiral).

Il existe donc pour chacun d'entre eux deux isomères stéréochimiques, images en miroir, appelés énantiomères (figure ci-contre).

La convention pour définir la stéréochimie du carbone a s'appuie sur celle des énantiomères du glycéraldehyde.

A quelques rares exceptions près, les acides aminés constitutifs des protéines sont tous de configuration L.

Dans la cellule (pH neutre), le groupe α-carboxyle et le groupe α-aminé sont ionisés :

  • pKa groupe carboxyle : 1,8 à 2,5
  • pKa groupe aminé : 8,7 à 10,7

Les acides aminés sont des ions amphotères (ou zwiterrions).

Structure d'un acide amine

2. Structures des chaînes latérales

La figure ci-dessous montre les chaines latérales des 20 acides aminés les plus fréquemment utilisés pour la synthèse des protéines.

Le nom de l'acide aminé selon le code à trois lettres est écrit entre parenthèses.

Structure des 20 acides aminés

2 cas particuliers :

  • Glycine (Gly) : seul acide aminé non chiral et le plus petit
  • Proline : acide α-Iminé (groupe aminé secondaire). Sa chaîne latérale liée à la fois au groupe α-carboxyle et au groupe α-aminé.

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3. Nature et caractéristiques des chaînes latérales
Acide aminé

code

Nature de la chaîne latérale Caractéristiques pKa ionisation
alanine (Ala) A

aliphatique (hydrocarbure saturé)

Ala : groupe méthyle

Val, Leu & Ile : chaîne ramifiée

Ile contient 2 carbones asymétriques (4 stéréoisomères) ---------
valine (Val)

V

leucine (Leu) L
isoleucine (Ile) I
proline (Pro) P

acide α-Iminé (groupe aminé secondaire)

chaîne latérale liée à la fois

au groupe α-carboxyle ET au groupe α-aminé

structure particulière qui impose des changements de direction de l'enchaînement des carbones α des chaines polypeptidiques

---------
phénylalanine (Phe) F

groupe aromatique

Phe : groupe phényl

Trp : noyau indole

Tyr : groupe phénol

absorbent la lumière UV (ce qui permet de mesurer la concentration d'une protéine en solution)

Phe : λ = 260 nm / Trp : λ = 278 nm

Tyr à pH 7 : λ = 273 - 277 nm

Tyr à pH 13 (ion phénolate) : λ = 293 - 297 nm

---------
tryptophane (Trp) W ---------
tyrosine (Tyr) Y 10,5
méthionine (Met) M groupe méthylthioester Met et Cys sont des mercaptans ---------
cystéine (Cys) C groupe thiol peut former un pont disulfure avec une autre cystéine 8,4
glycine (Gly) G atome d'hydrogène seul acide aminé non chiral et le plus petit ---------
aspartate (Asp) D groupe carboxyle

souvent à la surface des protéines où ils établissent des liaisons hydrogène ou des ponts salins (solvant ou autres molécules)

3,9
glutamate (Glu) E 4,1
asparagine (Asn) N amides respective de Asp et Glu

trés polaires

souvent à la surface des protéines (liaisons hydrogène)

 
glutamine (Gln) Q  
sérine (Ser) S

alcool aliphatique

groupe β - hydroxyle

réactif au sein des protéines, exemple : protéases à sérine non mesurable en solution aqueuse
thréonine (Thr) T 2 carbones asymétriques (4 stéréoisomères) ---------
lysine (Lys) K

bases azotées

Lys : groupe ε - aminé

Arg : ion guanidinium

His : noyau imidazole

souvent à la surface des protéines où ils établissent des liaisons hydrogène ou des ponts salins (solvant ou autres molécules

10,5
arginine (Arg) R 12
histidine (His) H

réactif au sein des protéines, exemple : protéases à sérine

(catalyse acide base)

6,0
Voir le cours sur le métabolisme des acides aminés

Outre les 20 acides aminés les plus fréquemment utilisés pour la synthèse des protéines, 319 autres acides aminés ont été recencés dans les protéines.

En voici quelques exemples :

acide aminé protéine
N-formyl-L-méthionine méthionine-tRNA ligase (EC 6.1.1.10) methionyl-tRNA formyltransférase (EC 2.1.2.9)
3-hydroxy-L-proline procollagène-proline 3-dioxygénase (EC 1.14.11.7)
L-cysteinyl molybdoptérine métalloprotéine à molybdene - phosphoprotéine
N-palmitoyl-glycine glycylpeptide N-palmitoyltransférase (EC 2.3.1.X)
L-lysine methyl ester protéine-lysine O-méthyltransférase (EC 2.1.1.X)
O-(phosphoglycosyl-D-mannose-1-phosphoryl)-L-sérine GDP-mannose:sérine-protéine mannose-1-phosphotransférase (EC 2.7.8.X)
phycoérythrobiline-bis-L-cystéine phycoérythrobiline chromophore 1
Source: ("RESID Database")
4. Propriétés physico-chimiques des acides aminés

Les acides aminés ont des propriétés physico-chimiques trés diverses. La base de données " ProtScale" fournit près de 60 tables de valeurs de ces propriétés.

En voici quelques exemples : (Source : " ProtScale")

  • la composition en acides aminés (pourcentage de fréquence - "A.A. composition") sur la base de l'ensemble des protéines de la base de données "Swiss-Prot"
  • le poids moléculaire ("molecular weight")
  • l'hydrophobicité (échelle de Kyte & Doolittle - échelle de Joel Janin, ...)
  • la propension à être intégré dans une hélice α ("alpha-helix") ou dans un feuillet β ("beta-sheet") (échelle de Chou & Fasman - échelle de Levitt, ...)
  • la mutabilité relative ("relative mutability")

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5. La structure primaire ou séquence primaire ou enchaînement des acides aminés ou chaîne polypeptidique

a. La liaison peptidique

Les protéines sont des bioplolymères formés par la condensation des acides aminés.

La liaison qui unit 2 acides aminés consécutifs s'appelle la liaison peptidique.

Formation de la liaison peptidique

 

La liaison du carbone carbonyle avec l'azote dans la liaison peptidique (1,33 Å, non indiquée dans la figure) est plus courte que la liaison simple C-N mais plus longue qu'une liaison double C=N classique.

Le caractère partiellement double de la liaison peptidique empêche la rotation autour de la liaison C-N.

En conséquence, le groupe peptidique est confiné dans un plan.

Il existe cependant une liberté de rotation autour des liaisons Cα-C et N-Cα.

Angles de la liaison peptidique

On obtient ainsi un enchaînement d'acides aminés. C'est ce que l'on appelle la structure primaire ou séquence ou chaîne polypeptidique.

La chaîne polypeptidique est toujours représentée depuis l'extrémité N-terminale (c'est-à-dire l'acide aminé qui a un groupe α-aminé libre) jusqu'à l'extrémité C-terminale (l'acide aminé qui a un groupe α-carboxyle libre).

b. Détermination de la séquence primaire à partir de l'extrémité N-terminale : la dégradation de Pehr Edman

La fonction α-aminée de l'acide aminé en position N-terminale de la chaîne polypeptidique d'une protéine (ou d'un polypeptide) est traitée à pH alcalin par l'isothiocyanate de phényle (PITC), appelé aussi réactif d'Edman.

Degradation d'Edman

On obtient un dérivé phénylthiocarbamyle (PTC) de la protéine ou du peptide. Ce dérivé est traité par un acide anhydre tel que l'acide trifluoroacétique.

Source figures : "Principes de Biochimie" Horton et al. (1994), Ed. DeBoeck Universités

 

La liaison peptidique liant l'acide aminé en position N-terminale est spécifiquement coupée. Le dérivé anilinothiazolinone de cet acide aminé est séparé du reste de la chaîne polypeptidique par extraction avec un solvant organique, le chlorure de butyle.

On traite ce dérivé instable par une solution acide qui le transforme en dérivé stable : le phénylthiohydantoïne acide aminé (PTH - acide aminé).

Degradation d'Edman

Le PTH - acide aminé est séparé, quantifié et identifié par chromatographie en phase reverse avec une phase stationnaire sur laquelle est greffée une chaîne alkylée en C18 (octadécyl) ;

Le reste de la chaîne polypeptidique subit de nouveau l'ensemble du traitement et les acides aminés sont ainsi séquencés tour à tour à partir de l'extrémité N-terminale.

c. Détermination de la séquence primaire à partir de l'extrémité C-terminale : carboxypeptidase

La séquence en position C-terminale d'une protéine est obtenue par action de la carboxypeptidase Y :

  • on prélève une fraction aliquote du milieu réactionnel à différents temps d'action de l'enzyme
  • l'échantillon est traité par le PITC
  • on sépare le PTH - acide aminé libéré par l'action de l'enzyme par chromatographie en phase reverse
  • on trace la cinétique de libération des acides aminés (figure ci-contre)

La vitesse de libération des acides aminés permet d'établir la séquence primaire.

Dans le cas présent :

Gln - Leu - Tyr - Glu - Glu

Determination de la sequence primaire a partir de l'extremite C-terminale par la carboxypeptidase

 

6. Liens Internet et références bibliographiques
Base de données sur les acides aminés peu fréquents (sous-partie de la base de données "Protein Information Resource" - PIR)

RESID Database

PIR

Bases de données sur les propriétés physico-chimiques des acides aminés (sous-partie de la base de données "Expasy - Swiss-Prot")

ProtScale

Swiss-Prot

Base de données PROWL : propriétés physico - chimiques des acides aminés, peptides, protéines.

PROWL

Pehr Edman (1950) Acta Chem. Scand. 4, 283

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